La forme correcte est tu m’envoies, avec un « e » avant le « s ». Cette hésitation entre « envois » et « envoies » figure parmi les fautes les plus fréquentes dans les SMS, les e-mails professionnels et les messages du quotidien. La confusion vient d’un réflexe logique mais trompeur : on pense au nom « un envoi » et on plaque sa terminaison sur le verbe conjugué.
Envoyer au présent de l’indicatif : la conjugaison qui piège
Le verbe « envoyer » appartient au premier groupe, mais sa conjugaison au présent de l’indicatif ne suit pas le modèle régulier de « chanter » ou « marcher ». Aux trois personnes du singulier, le radical change et la terminaison inclut un « e » caractéristique des verbes en « -oyer ».
| Personne | Conjugaison correcte | Forme fautive courante |
|---|---|---|
| Je | j’envoie | j’envoi |
| Tu | tu envoies | tu envois |
| Il / elle / on | il envoie | il envoi |
| Nous | nous envoyons | – |
| Vous | vous envoyez | – |
| Ils / elles | ils envoient | ils envois |
Le piège se concentre sur les personnes du singulier et la troisième du pluriel. Les formes « nous envoyons » et « vous envoyez » posent rarement problème parce que leur terminaison est familière.

Terminaison en -s ou en -es : la règle de conjugaison qui tranche
Au présent de l’indicatif, les verbes du premier groupe prennent les terminaisons -e, -es, -e aux trois personnes du singulier. « Envoyer » ne fait pas exception : tu envoies, comme tu joues, tu crées ou tu paies.
La terminaison « -ois » ou « -ois » au présent n’existe que pour les verbes du deuxième ou du troisième groupe (tu vois, tu crois, tu bois). Appliquer cette terminaison à un verbe du premier groupe constitue une erreur de conjugaison.
L’astuce tient en une phrase : si le verbe à l’infinitif se termine en -er, la deuxième personne du singulier prend -es. « Envoyer » finit en « -er », donc « tu envoies » prend un « e » avant le « s ».
Pourquoi « un envoi » sans « e » complique tout
Le nom masculin « un envoi » s’écrit sans « e » final. C’est la source principale de la confusion. Le cerveau associe « envoi » au verbe et supprime le « e » par analogie.
En revanche, le nom et le verbe conjugué suivent des règles distinctes. « Un envoi » est un substantif figé. « Tu envoies » est une forme verbale vivante, soumise aux terminaisons du premier groupe. Mélanger les deux revient à appliquer une règle de grammaire nominale à une conjugaison verbale.
Fautes dans les SMS et les e-mails : un phénomène mesurable
Selon les données de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), le nombre moyen de fautes dans une dictée standardisée est passé de 10,7 en 1987 à 19,4 en 2021. Cette dégradation concerne en particulier l’orthographe grammaticale, catégorie dans laquelle tombent les terminaisons verbales.
Les confusions du type « tu m’envois » au lieu de « tu m’envoies » s’inscrivent dans cette tendance. L’écriture rapide sur téléphone accentue le problème : la correction automatique ne distingue pas toujours le nom du verbe conjugué, et l’utilisateur valide la suggestion sans vérifier.
Les nouveaux programmes de français publiés au Journal officiel d’octobre 2024, applicables à la rentrée 2025, renforcent d’ailleurs les objectifs en conjugaison et orthographe grammaticale dès le cycle 2 (CP-CE2). Le ministère de l’Éducation nationale cible explicitement ce type d’erreur récurrente.
Méthode pratique pour ne plus écrire « tu m’envois »
Plutôt qu’un moyen mnémotechnique artificiel, une vérification en deux temps suffit pour éliminer le doute.
- Identifier le groupe du verbe : « envoyer » se termine en « -er », c’est un verbe du premier groupe. La deuxième personne du singulier au présent prend donc « -es »
- Remplacer par un autre verbe du même groupe pour vérifier : « tu me donnes » sonne juste, « tu me donns » non. Même logique : « tu m’envoies » est correct, « tu m’envois » ne l’est pas
- Distinguer le contexte : si le mot suit « un » ou « cet », c’est le nom (« un envoi »). S’il suit « tu », « je » ou « il », c’est le verbe conjugué (« tu envoies », « j’envoie », « il envoie »)
Cette méthode fonctionne pour tous les verbes en « -oyer » et « -uyer » : tu nettoies, tu appuies, tu tutoies. Le réflexe de substitution par un verbe régulier simple (donner, chanter, marcher) lève le doute en quelques secondes.
Subjonctif et impératif : même terminaison, même logique
Au subjonctif présent, la forme reste identique : « il faut que tu m’envoies ». L’impératif, lui, perd le « s » : « envoie-moi ce document » s’écrit sans « s » final. Cette règle s’applique à tous les verbes du premier groupe à l’impératif de la deuxième personne du singulier.
L’exception apparait devant « en » et « y » pour des raisons de liaison phonétique : « envoies-en trois » conserve le « s ». En dehors de ce cas précis, l’impératif du premier groupe se termine par « -e » sans « s ».

La confusion entre « tu m’envois » et « tu m’envoies » repose sur un seul mécanisme : la contamination du nom « envoi » sur le verbe conjugué. Une fois ce mécanisme identifié, le test de substitution par « tu me donnes » règle la question en une seconde, quel que soit le contexte d’écriture.

