L’enseignement religieux transmis par Malik bin Anas n’a jamais fait consensus parmi tous les savants musulmans. Malgré une méthode rigoureuse, certains de ses hadiths sont absents des recueils considérés comme les plus authentiques ailleurs dans le monde sunnite.
Les débats sur la fiabilité de plusieurs chaînes de transmission rapportées par Malik bin Anas restent vifs. Ce simple fait rappelle combien la sélection et la lecture des hadiths varient d’une école à l’autre, d’une période à l’autre.
Comprendre les hadiths : définition, rôle et importance dans l’islam
Les hadiths forment la seconde grande base du droit musulman après le Coran. À travers eux, on retrouve les paroles, gestes et approbations attribués au Prophète, parfois désigné comme le Messager d’Allah ou encore alayhi salam. Leur validité s’appuie sur une chaîne de transmission (isnad) minutieusement étudiée, où chaque transmetteur, qu’il s’agisse de compagnons comme Abou Houreira, Abou Bakr, Calife Omar, Ali ibn Abi Talib, ou de leurs successeurs, les Tabi’îne, occupe un rôle clé.
Contrairement au texte coranique, le hadith est rapporté et discuté, non révélé. Sa portée s’étend à la jurisprudence (charia), à la construction du savoir religieux et à la détermination de ce qui engage chaque croyant. Les recueils de référence, comme le Sahih al-Bukhari, imposent des critères stricts : confiance accordée à chaque rapporteur, cohérence du récit, et concordance avec les autres sources.
Pour mieux saisir les termes qui reviennent dans l’étude des hadiths, voici une liste explicative :
- Sahih : un hadith dont la chaîne de transmission est ininterrompue et où chaque rapporteur est reconnu pour sa fiabilité.
- Isnad : la succession précise des personnes qui ont transmis le hadith, depuis le Prophète jusqu’à celui qui l’a compilé.
- Matn : le contenu du hadith proprement dit, c’est-à-dire la parole ou l’acte attribué au Prophète.
La transmission des hadiths est le fil vivant de la mémoire musulmane. Cette tradition évolue dans une dynamique de contrôle et de débats constants, traversant les siècles, des premiers califes aux grands compilateurs comme Malik bin Anas. La variété des chaînes, la richesse des transmetteurs, Omar ibn Abdel Aziz, Ibn Abi Talib, Abou Houreira, aboutit à des lectures multiples, mais façonne aussi une base commune qui relie les époques et les territoires.
Pourquoi les hadiths rapportés par Malik bin Anas sont-ils si influents dans l’interprétation et la diversité des écoles juridiques ?
Au tournant du premier siècle de l’hégire, Malik bin Anas prend une place de référence. Son œuvre majeure, le Muwatta, rassemble des hadiths et traditions qui servent de socle à la doctrine Malikite. Mais son influence ne se limite pas à l’Afrique du Nord ou à l’Espagne musulmane : le Muwatta Imam Malik circule dans les cercles savants de tout l’islam classique, jusqu’aux régions du Mashrek. Les hadiths retenus par l’imam, souvent transmis à travers des chaînes courtes et solides, sont ancrés dans la réalité de Médine, ville du Prophète.
La démarche de Malik bin Anas donne la priorité à la pratique des habitants de Médine. Pour lui, l’usage collectif des compagnons du Prophète pèse lourd, parfois autant que le hadith isolé. Cette approche distingue le malikisme du hanafisme d’Imam Abou Hanifa ou de l’exigence des compilateurs du Sahih Bukhari et du Sahih Muslim. Le fait de s’appuyer sur les usages locaux et sur la cohérence des pratiques donne à la jurisprudence malikite une flexibilité singulière.
Voici quelques traits qui marquent la transmission selon Malik bin Anas :
- Transmission courte : il n’y a souvent que deux ou trois intermédiaires entre Malik bin Anas et le Prophète.
- Présence de témoins directs : les rapporteurs sont des compagnons ou des élèves immédiats, comme Abdallah ibn ou Mou Adh ibn.
- Un lien concret : la chaîne isnad rattache la législation aux réalités de la société médinoise.
L’autorité des hadiths rapportés par Malik bin Anas s’appuie sur ce réseau fait d’observations partagées et d’évaluations collectives. Si les écoles juridiques divergent, c’est aussi parce que leurs méthodes et leurs critères de sélection diffèrent ; chaque tradition s’appuie sur une transmission qui lui confère une part de continuité et de légitimité.
À travers ces variations, une chose demeure : la parole transmise, vivante, continue de faire vibrer les débats, d’alimenter la réflexion et de façonner la pensée musulmane d’hier à aujourd’hui.


